L'histoire de Guissény

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L'histoire de Guissény s'étale depuis la Préhistoire jusqu'à nos jours. Des traces de l'installation des hommes depuis le Paléolithique ont été retrouvées sur les rivages de la baie de Tréssény et la présence humaine s'est développée à toutes les époques de l'histoire.

Guissény est une commune du Léon, dans le Nord-Finistère, d’une superficie de 2640 hectares pour une population d’environ 2050 habitants actuellement. Bordée par la Manche au nord, comme toutes les communes littorales, elle se compose de deux mondes bien différents, le Menez à l’intérieur et l'Arvor sur la côte. Les activités économiques traditionnelles de ces deux parties étaient très différentes. Dans le Menez, l’économie était essentiellement agricole, les fermes assez importantes, les champs assez étendus et en général entourés de talus qui ont beaucoup disparu aujourd’hui. Dans l’Arvor, l’économie était mixte : les paysans possédaient de petites fermes mais étaient en même temps goémoniers ; les pêcheurs avaient leur lopin de terre ; les champs, petits et morcelés, se situaient dans un espace ouvert, les mezou (ou mechou).

Au nord, Guissény est limitée par l’estuaire du Quillimadec, la baie de Tréssény, dominée par l’ensemble rocheux des Barrachou. Au nord-est, c’est la vallée du Quillimadec qui trace la limite avec Kerlouan ; à l’ouest, la séparation avec Plouguerneau commence au Vougot ; au sud-est, la commune est séparée de son ancienne trève, Saint-Frégant, érigée en commune indépendante au début de la révolution. Enfin Guissény partage également une limite commune, sur une petite longueur, avec Kernilis au sud et Plouider à l’est.
Le plateau léonard culmine entre 40 et 80 mètres et sa bordure forme une falaise fossilisée sous un manteau de résidus . La frange côtière basse n’est que la partie émergée d’une plate-forme continentale de quelques kilomètres de large. Cette zone côtière est en général bordée, entre les pointes formées par les blocs rocheux, par un cordon dunaire s’éboulant sans cesse par les hautes mers. Derrière ce cordon dunaire s’étend souvent un arrière-pays situé au-dessous du niveau des plus hautes mers, plus ou moins marécageux, avec des étangs, la « palue ». Cette description correspond à la zone du Curnic où la grande falaise fossile est dominée par un plateau situé à plus de 60 mètres ; elle devait être presque atteinte par les flots avant l’assèchement , aux XVIIIè et XIXè siècles, des prés salés du Curnic qui est devenu un véritable petit polder.
La paroisse fondée par Saint Sezny, venu d’Irlande au Vè siècle, est nommée, dans les anciens textes, « Plou-sezny » ou « Guic-sezny », la première appellation désignant toute l’étendue de la paroisse et la deuxième concernant plus directement le bourg : Plebs Sidni (1207), Ploe Sizni (1330), Plebs Sezni (1334), Ploeseny (1467), Plouzesny (1534), Guic-Sezni (1636) . Les seigneurs de Kériber se considéraient comme les seigneurs fondateurs de la paroisse : un acte de 1670 parle d’une fondation faite par Salomon de Kériber « qui mourut en 1493, 1041 ans après la fondation de l’église paroissiale de Guissény ». Au XVIIè siècle, on faisait donc remonter la fondation de l’église en 452 alors que « La Vie de Saint Sezny » d’Albert Le Grand situe l’arrivée du saint dans l’estuaire du Quillimadec en 477. Les seigneurs de Penmarc’h protestaient contre la prétention des seigneurs de Keriber de se dire fondateurs de l’église et affirmaient de leur côté que cette qualité appartenait en fait à la maison de Penmarc’h.

C’est à partir du XVIIIè siècle que nous commençons à avoir des descriptions de la paroisse par certains de ses recteurs. En 1775, le recteur Jacques Folly dénombre une centaine de mendiants dans la paroisse et environ cinq cents ménages aisés.
En 1786, l’évêque Jean-François de La Marche présente Guissény et sa trève de Saint-Frégant comme une paroisse de 2200 habitants : « Il faut pour desservir cette paroisse qui est immense par son étendue et d’une très difficile desserte par la position du clocher à l’extrémité de la paroisse, un vicaire à la paroisse, un autre vicaire à la trève et deux ou trois prêtres secondaires. Cette paroisse est presqu’entourée de mer et ne peut être ni partagée, ni augmentée… Les pauvres habitants ont peu de secours à attendre d’autres que de leur Curé, qui voit leur misère sans être en état de la soulager. Les pauvres de la campagne qui sont en état d’aller mendier ne manquent pas. Les paysans aisés leur donnent les uns par charité, le plus grand nombre par crainte. Quand les pauvres ne sont pas mendiants, ou que ceux-cy son malades, ils manquent de tout quand le Curé n’est pas en état de les soulager. Il est vrai que, dans ces paroisses, les plus sujettes de tout le diocèse aux épidémies, le gouvernement y a répandu des secours abondants sans lesquels elles eussent été presque détruites par les ravages de la guerre et des épidémies qu’elle répand dans les paroisse maritimes surtout ». En 1786, le recteur Jacques Folly compte 1000 communiants dans la paroisse et plus de 500 supplémentaire dans la trève de Saint-Frégant.
Entre 1800 et 1900, la population de la commune oscille entre 3000 et 2500 habitants, en passant par une pointe à 3181 habitants en 1851. Elle recommence à augmenter dans la première moitié du XXè siècle, revenant au niveau de 2950 habitants en 1946, mais la diminution s’accentue à partir des années cinquante pour descendre en-dessous du seuil de 1800 habitants en l’an 2000.
Pour terminer cette présentation de Guissény, nous laissons la parole au chanoine Uguen qui fait une description de la paroisse au début du XXè siècle  : « La paroisse de Guissény, située sur la Manche, forme deux parties nettement distinctes : la plaine qui, comme étendue, n'occupe que le tiers de la paroisse, mais comme importance vaut plus que la moitié, qui produit des récoltes tout à fait supérieures ; la montagne, "ar menez", ou encore "varlachou", si l'on peut appeler montagne une terre de 50 à 70 mètres au-dessus du niveau de la mer. Dans cette partie, le sol est moins riche mais les fermes sont plus étendues. Dans la plaine, rares sont les fermes qui ont plus de 15 journaux , tandis que, dans la partie haute, où on trouve des fermes qui ont 25, 30 journaux ; il n'y a que trois ou quatre fermes qui dépassent 40 journaux.
La paroisse forme un demi-cercle, et le bourg se trouve au centre de ce demi-cercle, de sorte qu'il est central quoique se trouvant sur la limite de la paroisse ; les villages les plus éloignés sont à 6 kilomètres du bourg du côté de Saint-Frégant et de Kernilis. Un cours d'eau assez important sépare Kerlouan de Guissény, appelé Kélimadec par les uns, Roudoushir par les autres, il prend sa source à Plouneventer, et se jette à la mer en se répandant dans les sables de la baie de Guissény. Sur ce cours d'eau, se trouvent trois moulins, celui du Coufon, le moulin du Pont et le moulin de Lavengat. Un autre petit ruisseau coule au milieu de la paroisse et fait marcher le moulin de Kergoniou, celui de Brendaouez et autrefois le moulin d'Alanan, aujourd'hui en ruines.
Guissény est baigné par la mer sur une longueur de 6 kilomètres ; les côtes sont basses, sablonneuses en grande partie ; une digue, reconstruite en 1830, d'environ 600 mètres de long, a fait gagner sur la mer une grande quantité de terrain qui produit beaucoup de seigle et surtout des pommes de terre. Ce terrain est divisé en parcelles d'environ 10 ares, et loué, par la compagnie qui a construit la digue, de 5 à 6 francs chaque parcelle. De tous les points de la paroisse, on loue ces parcelles ; la mer étant à proximité, on les fume avec le goëmon, et l'on obtient à peu de frais d'excellentes récoltes. C'est surtout dans les années de sécheresse que la récolte est bonne, car le sol est très humide, recevant les eaux des collines voisines de sorte qu'il ne demande qu'à être chauffé par le soleil pour produire du seigle et des pommes de terre en quantité.
Cette plaine gagnée sur la mer et le village voisin s'appelle le Curnic : les habitants, les Curniquois, logent dans des chaumières creusées dans le sable, basses, couvertes de chaume, n'ayant qu'une petite fenêtre du côté du Midi, car des ouvertures du côté de la mer donneraient trop de prise au vent du large. C'est une population à part, vivant de la récolte du goëmon, qu'ils brûlent pour en faire de la soude ou vendent aux villages éloignés de la mer.
La population de Guissény était de 3.000 en 1850 ; depuis 1870, par le fait de l'émigration, elle a diminué quoique l'excédent des naissances sur les décès soit de 30 à 40 par an. Mais les émigrants sont actuellement moins nombreux, et la population qui, au dernier recensement, était de 2.665 habitants [1906], tend à se rapprocher de 3.000

Le Curnic d'aujourd'hui n'est plus du tout le Curnic d'autrefois. Combien de fois n'ai-je pas entendu moi-même les Curniquois me dire : "Nous avons été pauvres autrefois M. le Recteur, mais nous ne le sommes plus, Dieu merci". Et de fait ils ont loué un peu partout sur la côte des champs et des prairies, et en plus de leurs ressources d'autrefois, ils ont trouvé une source de plus de bien-être dans le commerce du pioca. Le pioca est une espèce de goëmon blanc pris au large dans les grandes marées, et qui sert à faire des plats doux délicieux. Aussi possèdent-ils aujourd'hui chevaux, vaches et charrettes, ce qui était très rare autrefois. Ils ont abattu leurs chaumières insalubres, ou plutôt leurs taudis, et construit des maisons neuves mieux aérées, soit en moëllon, soit en briques de ciment. Bientôt une belle grande route traversera le village, ce qui sera pour les Curniquois une nouvelle source de richesses. Pourvu que ce ne soit pas, au moins pour plusieurs, une cause de ruine morale ».