Le Moyen Age

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Guissény au Moyen Age

 

Saint Sezny et la fondation de la paroisse.

Selon Albert Le Grand, Saint Sezny serait né en 402 en Irlande sous le règne du roi Grallon en Bretagne Armorique. Après des études de Lettres, il se retira dans une île jusqu'à l'âge de 23 ans lorsque Dieu lui demanda d'aller à Rome. Il y arriva en 425 et se lia d'amitié avec Saint Patrice qui le présenta au Pape Célestin 1er : celui-ci le consacra évêque et le chargea d'aider Patrice dans sa mission de conversion des païens d'Irlande. Saint Sezny était infatigable à la prédication et à la conversion des âmes, vivant de façon austère, prêchant plus d'exemple que de paroles. Il ne but jamais de vin ni autre boisson qui pût enivrer et, pour tout vêtement, il se contentait de peaux de bêtes, sans utiliser de lin, ni de laine, sauf pour ses habits sacerdotaux.

Après avoir converti les Irlandais, il désirait vivre en repos mais il fut inspiré par Dieu de passer la mer pour aller en Bretagne Armorique. Il partit avec 70 de ses fidèles et fut poussé par un bon vent jusqu'à la côte du Léon, en un lieu nommé Poulluhen, en Kerlouan où ils mirent pied à terre en l'an 477. Il s'installa près de ce port (Pors-Huel dans la baie de Trésseni) et y bâtit un ermitage a Lerret (Peniti Sant Sezni). Il se partagea le territoire avec son compagnon Saint Brévalaire qui hérita de Kerlouan. Sezny jeta son marteau de l'autre côté de la baie et y bâtit un monastère au lieu où se trouve l'église paroissiale aujourd'hui. Il y vécut en grand sainteté avec ses disciples jusqu'à l'âge de 127 ans où Dieu le rappela à lui en l'an 529. Son corps fut enseveli dans son monastère sous le grand autel où l'on voyait encore au XVIIIè siècle la cave de son sépulcre.

 

Fragan, Saint Guénolé et le calvaire de Croaz mil Horn (ou Croas mil Guern).

Saint-Frégant, la trève de la paroisse de Guissény, a aussi l'histoire de son saint au début du Moyen Age.

"Le roi Grallon, étant venu à la Couronne par le décès de Conan Mériadec, l'an 388, continua Fragan en son gouvernement ; et, ayant reconnu, par un grand miracle, la sainteté de saint Corentin, le visitait fort souvent aussi saint Guennolé, leur faisant grandes aumônes, et se recommandant à leurs saintes prières. Un jour, saint Gennolé étant, par permission de saint Corentin, allé voir son père, qui était pour lors en Léon, certains Pirates Païens, que Fragan avait chassés de Léon, du temps du feu roi Conan, revinrent en plus grand nombre, résolus de prendre terre et s'y habituer ; leur flotte ayant paru en mer, l'alarme se donna à la côte, et Fragan, ayant amassé une petite armée à la hâte, encouragé par saint Guennolé, marche vers le rivage de la mer pour empêcher l'ennemi de descendre, et, étant en la paroisse de Guic-Sezni, près Lavengat, ils aperçurent la flotte ennemie en rade, si épaisse que les mats des navires semblaient représenter une forêt, ce qu'étant vu par le conducteur de l'avant-garde, s'écria "Me à vel mil guern", c'est-à-dire, "je vois mille mats de navires". En mémoire de quoi, après la bataille, fut dressée en ce lieu une croix, qui encore à présent s'appelle "Croas ar mil Guern".


Les Pirates, se sentant découverts, se rallièrent dans les tranchées de leur camp, ne voulant donner combat, mais les Bretons les y assaillirent de telle furie, que, les ayant forcés, ils taillèrent la plupart en pièces, excepté quelques uns qui se sauvèrent à la nage vers leurs vaisseaux, desquels plusieurs furent brûlés".

 

La motte castrale de Castel al Lez.

 

La motte castrale, ancêtre du château-fort, se situe à l'extrémité ouest de la commune, en limite avec Plouguerneau. Ces mottes sont apparues un peu partout en Europe au début du XIè siècle et ont cessé d'être utilisées vers le XIIIè siècle. Leur construction correspond à une période d'insécurité ; les seigneurs locaux ne disposaient que de faibles ressources et ne pouvaient entreprendre des constructions de pierre. Ils pouvaient utiliser les paysans de leur domaine pour creuser le sol, charrier la terre nécessaire à l'édification de la motte, abattre les arbres et préparer le bois pour la construction de la tour. Par la suite, les seigneurs les plus importants ont pu remplacer la tour de bois par un donjon de pierre, placer un pavage de pierre sur les flancs du tertre et même rajouter des remparts.


La motte de Castel al Lez s'élève un peu en retrait et au sommet du versant qui domine la Palud du Curnic, à 'extrémité ouest de la commune de Guissény. Elle mesure 64 à 74 mètres de diamètre à la base et est entourée d'un fossé large de 6 à 8 mètres.  En contrebas de la motte, se trouve la "basse cour", les bâtiments d'exploitation agricole et les maisons des paysans, avec parfois une chapelle. Elle est séparée de la basse cour par le fossé qui entoure le monticule. La ferme a été implantée à une cinquantaine de mètres au sud-ouest du tertre.

La motte est haute de 6 à 7 mètres par rapport au fond du fossé profond de 3 à 4 mètres. La plate-forme mesure 30 à 40 mètres de diamètre : elle a un profil en cuvette. Des pierres y auraient autrefois été récupérées et, selon la tradition, il existait un "tunnel".

La motte domine la baie du Vougot ; de son sommet, on pouvait surveiller la mer et voir arriver d'éventuelles flottes d'envahisseurs, comme les Normands.

 

Les attaques des pirates sur la côte.

Commencées à la fin de l'occupation romaine, les incursions des pirates scandinaves continuèrent au début du Moyen Age. En 875, Lesneven, alors dépourvue de fortifications, fut prise et détruite : tout le pays fut "transformé en désert". En 937, le Comte Neven, qui a reconstruit à Lesneven "une belle forteresse en tere à la mode de ce temps", s'opposa à ne nouvelle attaque des Normands. Le débarquement aurait eu lieu sur la côte de Guissény-Kerlouan et notamment dans l'embouchure du "Roudouhin" (ou Roudoushir, rivière de Guissény) : "Un beau jour une flotte normande déposa sur l'une des grèves du littoral léonais, à quatre ou cinq lieues nord de Lesneven, une armée piratique qui se répandit aussitôt dans la campagne, pillant, brûlant, ravageant ces champs, ces maisons fraîchement relevées, et se dirigeant sur la résidence du comte". La bataille décisive se produisit dans la vallée de la Flèche où Neven écrasa les pirates (Runeven en Plouider).

 

Un habitat du Haut Moyen Age à Kermaro.

Au nord-ouest du village de Kermaro, le site se trouve dans une légère dépression du plateau, sur le haut de la falaise mort dominant la baie du Curnic. Limité dans sa partie Est par un talus bordé d'un fossé intérieur et dans sa partie Sud par un muret ancien, il abrite les restes d'une construction constitués de grosses pierres. Lors d'une visite du site en 2004, M. Le Goffic, archéologue du Finistère, identifia ces pierres comme les vestiges d'un habitat du Haut Moyen Age, pouvant se situer entre le VIè et le IXè siècle. C'était une découverte intéressante car rares sont les vestiges de l'époque médiévale en Bretagne (communication dans la BSAF de 2005).

"Nous avons pu reconnaître des talutages formés de pierres dressées et de terre, prenant souvent appui sur des effleurements naturels de roche ou sur des blocs dégagés par l'érosion météorique. Un petit bâtiment, constitué de grosses pierres sur chant, la plus grosse atteignant 2,55 m de longueur et dont la hauteur ne dépasse pas le mètre, a une surface interne de 7 m² environ, en forme de trapèze de 2,45 de grande base, 2 m de petite base et 3,05 m de hauteur.

Il y a une quarantaine d'années une fouille partielle a eu lieu dans cette structure et elle a fourni un lot important de tessons de faïence, de grès, de verre, des fragments d'assiettes à marli, de bols, de bassins à glaçures interne,... qui témoignent d'une occupation entre le XVIè siècle et le début du XXè siècle. Cependant, plusieurs tessons sont nettement plus anciens et datent de l'âge du fer, période de la Tène. Ce site qui n'a jamais été labouré constitue une "réserve archéologique" intéressante.

 

Des habitants du village témoignent que leurs parents racontaient que cet habitat abritait autrefois une famille ; il était alors recouvert d'un toit constitué de branchages, lequel fut un jour détruit par un incendie et les choses restèrent ensuite en l'état.