Visite de Sibiril

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Promenade en Sibiril (29 juin 2011)

(article : Jean COUCHOURON)

 

Pour démarrer la saison 2011, une promenade en Sibiril a réuni 22 personnes le 29 juin. Le programme a été établi sur la base d'une visite de l'intérieur du Château de Kérouzéré complétée, sur proposition de notre guide Monsieur Michel Quéré, par un tour aux manoirs de Kerlan et  son moulin, de saint Jacques et, pour finir, à la carrière de granit de Port Neuf.
Ce compte rendu n'a pas pour objet une description exhaustive et historique des sites visités mais une incitation à découvrir ce qui nous a plu ou interpelé au cours d'une promenade simple et sympathique.

Sibiril est une commune particulièrement riche en sites remarquables avec, notamment sur 11 manoirs, 6 encore habités, dont le château de Kérouzéré.

 

Le château de Kérouzéré.

 Cette forteresse bâtie en 33 ans par le Baron Jean de Kérouzéré de 1425 à 1458 reste un exemple unique en Bretagne par sa relative intégrité. Il a été classé Monument Historique en 1883 sur proposition de Prosper Mérimée.

 
Il fut construit en beau granit de Moguériec,  maintenant couvert d'ardoises, sur un emplacement depuis toujours choisi pour protéger la vallée du Guillec et son riche arrière pays, des incursions venues de la mer, à 800 m de ses murs.

 

Se sont succédé à Kérouzéré : Jean, riche et puissant chambellan, échanson et gouteur de Jean V de Bretagne, puis les familles de Boiséon (jusqu'en 1682), du Marquis de Piré (pendant la révolution), de Beaudiez dès 1821 et maintenant par la famille de La Lande de Calan.
Le très beau gisant de Jean de Kérouzéré, mort en 1460, sculpté en kersanton, est visible dans l'église de Sibiril. Sur son ceinturon, on lit en gothique : list, list...(laissez, laissez) devise de la maison Kérouzéré dont on  retrouve d'ailleurs les armes en de nombreux endroits ainsi que des marques de domination sur un vaste territoire autour de Sibiril. La devise est également gravée à l'entrée du château.

Le château a perdu sa tour sud-ouest lors des guerres de la Ligue et a évidemment subi de nombreuses modifications, telles que  des ouvertures, les toitures..., n'altérant cependant pas une vision très complète de ce que fut un fort de cette époque. On notera toutefois qu'il s'agit d'une réalisation tardive proche d'être dépassée lors de sa construction. Les évolutions les plus importantes sont sans doute dans son environnement immédiat puisqu'il fut, au sein d'une forêt et de proches marécages, entouré de douves que l'on franchissait au nord (seul accès) par un pont-levis. Pendant un temps une enceinte dont seule subsiste la porte se trouvait au sud. Au nord, vers la mer, on voit encore une fontaine près de la dépression de l'étang faisant réserve de poisson, un grand pigeonnier  signe d'opulence, et les emplacements des dépendances : ferme, lavoir...tous les éléments d'une puissante implantation...
Aujourd'hui, on accède au sud par un grand portail et une allée bordée de platanes, traversant de vastes pelouses et franchissant le ruisseau qui alimentait les douves.
L'extérieur du château révèle de nombreux détails : le contrefort construit à l'emplacement de la tour détruite, percé de la poterne accédant à l'ancienne enceinte sud, les gonds en fer des lourdes grilles protégeant les ouvertures, les latrines, les portes et fenêtres ouvertes au fil des temps. On voit également la tour de beffroi au toit en nid d'hirondelles dont la cloche sonnait l'alerte, donnée depuis la tour de guet. Toutes les ouvertures sont maintenant munies de vitraux et des toits recouvrent tours, tourelles et mâchicoulis. 

La visite de l'intérieur frappe tout d'abord par le raffinement et l'extraordinaire état des structures de granit. 


 

On pénètre dans le château par une porte ouverte au sud vers des salles basses, pièces habitées, salle d'exposition, chapelle... qui eurent de nombreux usages, même d'écurie. On accède ainsi par des sas aux murs énormes, aux tours avec leurs meurtrières judicieusement placées.
Par l'escalier à vis où l'on voit un chef d'œuvre :  tête sculptée dans une pièce maîtresse de structure, on monte à la salle d'honneur, située sous la salle de garde. Cette magnifique salle de 14m de longueur abrite quelques beaux meubles, un oratoire avec des livres de chant de 1670, un collier de saint -Michel offert par Henri IV à Pierre de Boiséon et des tapisseries relatant des épisodes de la vie d'Alexandre-le-Grand. Toutes les poutres soutenant les planchers sont cachées par des coffres en bois peints et décorés.
Le corps de logis, encadré des trois tours d'angle est ceinturé de mâchicoulis, à l'origine non couverts, et accessibles depuis la salle d'arme.  Cette salle est couverte d'une extraordinaire charpente en demi-carène renversée, à l'exemple de celle des halles de Plouescat réalisées aussi par les Kérouzéré. Elle communique avec la salle d'archives. Plus de 25000 archives y furent sauvegardées depuis 1374 dans d'immenses armoires. Certaines sont exposées, portant les émouvantes signatures d'Henri IV et de Louis XIII.

 

Le Manoir de Kerlan

Ce joli manoir dont la construction remonte à la fin du XVème siècle, est habité. D'un appareillage généralement peu soigné, il a appartenu à de nombreux hommes de robe, à la famille de Poulpiquet et maintenant à une famille apparentée aux de Calan. Une tour carrée avec une large porte portant blason subsiste. Des traces de constructions anciennes ou de modifications sont visibles. Une chapelle (saint Roch) démontée, aurait servi pour une autre chapelle (à Kerfissien ?). Gustave Flaubert aurait visité ce manoir.

 

Le Moulin de Kerlan

Non loin du manoir, un superbe moulin du XVIème siècle est visible en contre-bas de la route qui servait de bief. En activité jusqu'à la première guerre mondiale, il a reçu plusieurs tentatives de rénovation. Il est bâti sur 5 niveaux ; le premier est au ras de la grève servant d'écurie. Des contreforts ancrés sur la roche  le soutienne et il présente, sur la façade sud ouest, deux extraordinaires portes dans une paroi de granit de Moguériec parfaitement appareillée. Un séchoir à grain le domine. A noter, dans la paroi sud soumise aux vibrations de la roue les pierres trapézoïdales destinées à rattraper les jeux éventuels. Au sommet du pignon nord, une pierre est sculptée d'une roue à trois pales, symbole des bâtisseurs de moulin.

 

Le manoir de Saint Jacques

Ce manoir se distingue surtout par sa situation sur le chemin emprunté par les pèlerins de saint Jacques de Compostelle débarquant dans la rivière. Ce serait une ancienne maison des Chevaliers de Malte et elle présente une tour carrée de 4 étages, analogue à celles des commanderies. Les différents niveaux sont dallés de granit sauf le dernier dont le plancher indique l'usage d'habitation dans un ouvrage essentiellement défensif.

De ce site on voit le viaduc de Sibiril sur la voie métrique de Brest à Saint Pol. Comprenant 10 arches de 12 m de hauteur construites en granit de 1904 à 1907, il sert aujourd'hui d'aqueduc.

 

La carrière de granit de Port Neuf

La fin de la promenade nous conduit sur le site magnifique de Port-Neuf, ce jour-là battu d'une mer turquoise. Toutes les roches de granit présentent des coupes planes, résultant d'une exploitation qui s'éteignit après la première guerre mondiale. En pleine  activité, près de 200 tailleurs de pierre y oeuvraient. Ce granit très dur et très fin, issu d'une roche magmatique intrusive vieille de 350 millions d'années, a été exporté pour la construction de beaucoup de monuments. La technique d'extraction consistait à forer, avec des sortes de marteau-pioches, des trous de 8 cm de profondeur,  espacés d'environ 10 cm. Des coins d'acier frappés faisaient se détacher des blocs aux parois parfaitement planes qui étaient ensuite débités en cubes utilisables. Des aménagements des rives permettaient leur transport.


Sources :
. Visites guidées par Michel Queré et par le régisseur de Kérouzéré : Pascal Halier (dit : Le Comte);
. Documents : Le Patrimoine des Communes (éd. Le Flohic);
. Notes prises par Anne Chapel ;
. Photos : Pierre Lépée ; Topic Topos et François Trébaol.